Être gros.se, quelle marrade !

Benefits supervisor sleeping, Lucian Freud, 1995.
Benefits supervisor sleeping, Lucian Freud, 1995.

Je pèse 102 kilos, je suis grosse et de l’écrire publiquement, je vous le dis, ça ne m’enchante guère. Ça me peine beaucoup parce que c’est une barrière que je me sens obligée de trouer, dégommer et broyer entre vous et moi.
Je pèse très lourd.

Pourquoi je vous raconte ça aujourd’hui ? Parce qu’un groupe d’étudiantes en communication à l’Université de Toulouse trouve très marrant de créer un Webzine Grosse & dépressive. Vous me direz que vous ne voyez pas le problème, si ça se trouve, ça prend le contre-pied de tout ce qu’on nous raconte et les filles se fondent sur leurs propres expériences. MAIS PAS DU TOUT mes pauvres ! Je vois que vous êtes aussi naïfs que moi. Le problème ? Ces étudiantes n’ont pas un poil de graisse. Elles rentrent dans une norme qu’elles font semblant de ne pas voir et se tapent une bonne marrade sur comment c’est trop rigolo d’être grosse. C’est bizarre, je n’ai pas ri, moi qui passe mon temps à me traiter de phoque et à dire que je vais rouler sur les gens s’ils m’embêtent un peu trop. Elles ont eu une tribune sur Madmoizelle mais ça n’a pas duré longtemps au vu des mécontentements de nous, les grosses et/ou dépressives. Le magazine a réalisé la méprise et a retiré son interview en s’excusant publiquement. Intelligence. Bourde réparée. Et du côté des étudiantes ? Eh bien non. Elles sont au-dessus de tout ça vous voyez. Elles sont au-dessus des vergetures, des troubles alimentaires et des magasins dans lesquels tu ne trouves pas ta taille. Ta taille de grosse.

Pédagogie et mécontentements ont été exprimés aux intéressées sur les différents réseaux sociaux et un storify a même été rédigé. Du mépris dans un premier temps : les concernées n’ont pas d’humour, pas de recul, elles ne comprennent pas notre humour, on est soutenues par notre université, laissez-nous nous foutre de votre gueule ouvertement. Du silence ensuite. Et, aujourd’hui, une réponse Instagram qui vaut son pesant de cacahuètes : retour du mépris et de la non remise en question. Voyez la subtilité communicationnelle.

Sauf qu’on ne s’est pas laissé faire. Moi, j’suis grosse, je ne peux pas parler à la place des personnes dépressives. Je ne peux qu’imaginer la boule au ventre, la colère, le rejet. Mais moi, grosse, je ne veux plus laisser passer ça. Je ne veux plus qu’être grosse soit un jeu ou une mauvaise blague. Y’a des réalités tragiques quand on est gros. Alors laissez-moi vous raconter comme un tel webzine est insultant pour moi parce que ce n’est pas un état d’esprit, c’est un état de fait.

J’ai le corps d’une grosse : les vergetures qui se démultiplient et sont profondes : mes aisselles et mon ventre étant des champs de bataille sur lesquels, décidément, il n’y a aucun vainqueur. ON RIGOLE. Je remonte incessamment mes pantalons parce qu’ils me strient souvent le ventre. Ce ventre qui cherche à déborder et que moi je ne peux plus cacher. ON RIGOLE. J’ai le comportement d’une grosse qui parfait la description: je surveille le poids maximal dans les ascenseurs, j’ai peur de m’essouffler même quand c’est parfaitement normal, je suis effrayée à l’idée de prendre ne serait-ce qu’un demi millimètre de trop dans les transports en commun, quand ma chaise grince ou qu’elle ne me paraît pas si solide que ça, je me crispe, je contracte mes muscles, en dessous de ma cape de graisse et je prie pour que l’humiliation pathétique d’un pied de chaise qui se fend comme dans les films n’arrive jamais pour moi. ON SE MARRE.  J’ai parfois peur de manger en public et mon poids s’érige comme un mur infranchissable ON RIGOLE. Je ne sais plus vraiment ce que je dois faire de mes vêtements trop petits. Je ne veux pas rendre les armes et pourtant c’est d’une tristesse de garder ça là comme une punition mentale. GROSSE MARRADE.

C’est bien connu que les gros se goinfrent, qu’ils manquent de volonté et qu’ils n’ont qu’à faire attention s’ils veulent avoir le droit d’exister. Merci pour nous. Merci pour votre aveuglement et vos œillères. Merci la grossophobie ! MAIS ON RIGOLE !

Je pèse lourd, donc. Je suis obèse et même si je me moque ouvertement de moi-même, on intègre le rejet des autres dans nos propres comportements. C’est vicieux et profondément installé. Un poids de plus par-dessus le gras. Alors je m’adresse à ces étudiantes, à leurs professeurs qui les soutiennent et à tous les autres qui inconsciemment sont grossophobes (ça m’arrive aussi, être grosse ne me met pas à l’abri) et en l’occurrence dans ce cas précis également psychophobes, que non ce n’est VRAIMENT pas drôle de mépriser des gens pour le plaisir, de les humilier pour des caractéristiques dont vous n’avez AUCUNE idée. La prochaine fois, je vous étouffe dans mon gras.

Bien à vous.

Note: Le site Change.org héberge une pétition pour que le webzine change de nom. Lisez, signez, partagez. 

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43 réflexions sur “Être gros.se, quelle marrade !

    1. bonjour,
      je suis très ému de votre témoignage car moi mème je vis avec une femme très ronde (176 kg) depuis 19 ans mes collègues de travail ou copains et même certains membres de ma famille , ne se gènent pas pour se moquer de moi parce que je suis « avec une grosse » qui a du mal à se déplacer et qui s’éssoufle très rapidement , qui ne peut pas s’asseoir dans n’importe quel fauteuil , mais c’est une personne formidable qui ne se plaint jamais , (et pourtant elle pourrait!) gaie , pleine de vie , je l’aime plus que tout et ne l’échangerais pour rien au monde , au contraire je suis à ses petits soins.
      bon courage à vous et vous souhaite le même bonheur que nous.
      Jean – Marc.

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      1. Merci de votre commentaire rempli d’amour pour votre femme et pour ce qui vous entoure. J’ai avec moi un homme qui ne me juge jamais, à qui mon bonheur importe tellement que j’en suis souvent surprise – surprise d’y avoir le droit alors que TOUT LE MONDE mérite l’amour, le bonheur, le droit d’exister. Merci pour votre partage donc, pour votre résistance en quelque sorte. Bonne continuation !

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  1. J’ai eu des TCA, et aujourd’hui encore je me trouve toujours grosse quoi qu’il arrive, ce qui, je l’admets, est profondément ridicule et affligeant. Même si mon gras est purement imaginaire et paranoïaque, je me sens profondément touchée par ton article. Je déteste quand les gens se moquent des gros. Je déteste quand les gens se moquent. Surtout quand ils ne savent pas.

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    1. Je déteste de plus en plus quand les gens se moquent tout court. Je ne peux qu’imaginer tes maux. Le ressenti qu’on a sur soi peut être si cruel!!!
      Tu n’es ni ridicule ni affligeante. Tu es et tu luttes. C’est beaucoup. C’est fort.
      Les gens se rassurent avec des méchancetés. Je suis touchée par ton commentaire si compréhensif et une certaine douceur s’en dégage. La douceur, c’est important. Merci.

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  2. Tu retranscris merveilleusement bien les émotions. J’ai la gorge toute serrée. Bah oui quoi… : « Allons, allons, une grosse qui s’indigne d’être méprisée? Et revient alors inévitablement cet argument cinglant « elle a qu’à moins bouffer », alors c’est si c’est de sa faute…pas de pitié, pas de quartier, assassinons de nos mots ces gros tas sans une once de culpabilité! Adieu compassion et altruisme, adieu belles valeurs d’égalité de tolérance que je revendique comme le ciment de mon âme lorsqu’il s’agit de la masse d’autrui. Je ne suis pas raciste, j’accepte les homosexuels, je suis ouverte d’esprit, mais les gros?… Ah non, ça vraiment je peux pas, ils me dégoûtent!! Si c’est de leurs fautes, et pis qu’ils sont différents, qu’ils représentent le lacher prise quand je sais me retenir, s’ils m’inspirent mes propres frustrations alors je les juge. Je m’y autorise. Et un accord commun et même pas tacite entre tous les français convient sur ce droit contraire à la soit disant bonne morale occidentale, à renier toute leurs dignités et intégrités aux personnes d’une corpulence plus elevée que la norme. On se lâche sans retenue, sans se cacher, même notre corps à des réflexes de dégouts tellement c’est bien intégré que les gros, bah ce n’est que ça, des gros, réduit à ça, déshumaniser l’individu, des sous-hommes, le marqué de l’étiquette « GROS », au même titre que les juifs étaient étiquetés de leurs étoiles jaunes. Nos mimiques de dégouts quand un bout de gras ressort intempestivement d’un tee-shirt trop court, Ou quand des cuisses riches de peaux d’oranges se secouent dans un legging juste sous notre nez. Voilà donc le nouveau peuple persécuté de tous, tous complices, mais tu comprends pas… c’est de l’humour, ça reste gentil. C’est pour rire. Ohh, fais pas la gueule, je te taquine, hein la grosse? Allez…. Puis pour ne pas discréditer encore plus qu’on ne puisse concéder à l’aspect purement comique de toutes ces appellations et railleries, bah même les gros se permettent les commentaires les plus abjects sur qui plus gros qu’eux, entre eux, validant, cautionnant, fossilisant à tout jamais le droit à être les bouc-émissaires du 21ème siècle. Il en fallait un, hein? Ya les vieux aussi… Mais c’est passé sous silence, ils nous attristent plus qu’ils nous font rire. Mais deux catégories qu’on ose, mépriser. MEPRISER. Juger. Oser seulement remplacer vos petites phrases dans un contexte de couleurs de peaux. Pfff triste monde tragique. Vive les formes! Vive les gateaux! Vive les gens plein de chaleur qui ont de soucis de santé du coeur et évitent à notre population vieillissante de s’accentuer, des obèses de 100 ans vous imaginer? » Bravo, bravo pour ton article. et pour réussir à manger malgré ce que tu endures. Pour continuer à affronter leurs regards quand tu sors, pour continuer à vivre dans le pays des femmes les plus minces (boulimiques, obsédés par la balance) d’europe. Pour continuer de vivre, bravo pour ton courage. Sincérement. Bravo enfin pour le plus important, ton talent d’écriture.

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    1. Merci. Beaucoup. Merci de me croire courageuse. Merci de m’en donner surtout ! Et cette analyse décapante! Je suis touchée. Je fonce, et plus seule !

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  3. Tu as l’air de mal le vivre, d’etre grosse.
    Si tu le vis mal, tu as ne serait ce qu’essayé de changer ca ? De te prendre en main ? Parce qu’a AUCUN moment tu n’en parles.
    Alors c’est bien joli de pointer du doigt la terre entiere, mais si tu preferes te voiler la face et te persuader que c’est au monde de s’adapter a toi, et pas l’inverse, tu pourras faire autant d’articles que tu voudras, tu resteras grosse et mal dans ta peau.
    Tu veux que les choses changent ? Prends toi en main.

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    1. Althziel: TA GUEULE, TA GUEULE et TA GUEULE.

      C’est pas au monde de s’adapter a nous? Mais TA GUEULE, évidemment que c’est au monde de changer et de respecter les gros comme tout autre être humain, la dignité ne se négocie pas en fonction du poids.

      … Nous prendre en main? Mais TA GUEULE, qu’est ce que tu ne comprends pas dans ce qui est expliqué dans l’article en fait, tu te prends pour qui pour décréter que toutes les souffrances décrites découlent d’un « manque de volonté », toi qui n’as AUCUNE idée de ce qu’on peut vivre.

      Pointer du doigt qui? Les gens qui nous méprisent? EVIDEMMENT et chaque jour un peu plus! Se voiler la face? de quoi exactement? Fermes ta gueule sérieux, tu ne sais pas de quoi tu parles, viens pas expliquer aux gens qui souffrent qu’ils en sont responsables, bien dans ta taille de mince, alors que c’est les gens comme toi qui nous humilient, vraiment, retiens bien ça: OUI les choses doivent changer, mais c’est vous qui devez changer. Pas nous, ni en nous affamant, ni en nous excusant d’être ce que nous sommes, ni en taisant gentiment pendant que vous nous chiez dessus, ni en nous faisant opérer pour être « validées » par le grand jury oppressif et normatif que vous êtes. C’est vous qui dégradez l’être humain avec des discours pareils, pas nous. Et on se battra. On l’aura notre dignité

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    2. J’aurais dû me douter qu’au milieu de l’empathie, du partage et de la COMPRÉHENSION, il y aurait des détracteurs qui malheureusement pour eux ne voient le monde qu’en noir ou en blanc et ne saisissent aucune nuance et ont trop peur de la différence à leurs côtés. En version moins polie: des imbéciles.
      Pour répondre concrètement et personnellement, puisque c’en est une, d’attaque personnelle, à l’heure actuelle, je vis très mal le fait d’être grosse. Dans mes souvenirs, je l’ai toujours été alors que c’est archi faux quand on se penche sur les photos. On me l’a fait croire. Je suis et ai été obsédée par mon poids. Maintenant, je suis une vraie grosse et je m’en passerais bien. Comme il faut expliquer, j’expliquerai. Je ne demande même pas au monde de s’adapter à moi, tu lis de travers. Je lui demande de me laisser tranquille et d’arrêter de culpabiliser chaque être (notamment les femmes, en passant) qui déborde de la norme pour toutes sortes de raisons. Je demande au monde de ne pas s’approprier les maux et mots des concerné.es. Autrement dit : foutez-moi/nous la paix, on est assez méchants et excluant avec nous-mêmes.
      Me prendre en main. Ahah. Je ris jaune avec l’envie de te secouer très fort. La grosse a des ressources. La grosse nage, s’alimente parfois plus sainement que ses copains/copines sans problèmes de poids mais ça c’est impossible à imaginer, pour vous, les ignorants accrochés à l’hygiénisme et aux normes bien cadrées. La grosse est en prise avec d’autres démons qui ont déformé son corps. J’ai nommé les TCA. Ceux qui te piègent en société et te mettent plus bas que terre quand tu es seul.e. Demander à quelqu’un pour qui la bouffe devient un poison et son apparence une obsession de se prendre en main, c’est presque criminel. C’est insultant et déplacé. Relis mon article. Ne le vois pas comme un manifeste de grosse. Lis-le comme une réalité pas jolie mais qui ne doit pas prendre le dessus sur tout. Parce que la grosse, c’est tellement loin derrière : la drôle, l’optimiste, la rêveuse, la combattive, la curieuse et j’en passe. Je passe même sur « la jolie » qui existe, certains jours où la maladie n’a pas gagné la manche. Sois fier.e, tu m’as blessée mais tu nourris ma rage folle de reconnaitre chaque personne pour ce qu’elle est. Je ne serais pas éternellement blessée. Je serai peut-être toujours grosse. Peut-être pas. Peut-être qu’un jour, je m’aimerais grosse même si ne nous mentons pas, à l’heure actuelle, POUR MOI, c’est impossible. C’est sûr qu’avec les raccourcis que certains d’entre vous font, j’ai pas fini de donner des coups de bourrelets. Je suis prête. J’ai gardé ça bien longtemps, trop. J’ai laissé d’autres personnes dicter mon bien-être à l’oscillement d’une aiguille sur une balance.
      Les choses changent donc : je n’ai AUCUN compte à rendre à celles et ceux qui refusent de comprendre et qui témoignent des messages agressifs, culpabilisants et discriminants. Bises grasses. (attention, c’est contagieux).

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      1. Si ton post s’adressait a moi, je dis et repete que je reconnais que les TCA existent, et en aucun cas je ne les brimerais.
        Mais personne ne me fera croire que 100% des gros / obeses sont malades.

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      2. Tu as brimé ma personne et nié ma maladie en me disant de me prendre en main. Je peux le comprendre, presque. Ça fait des années que je fais la même chose. J’aurais beaucoup à t’écrire sur le fait de se prendre en main, de l’avoir fait maintes et maintes fois, d’être moi-même grossophobe, surtout envers moi en fait. Il y a mille choses à en dire mais je ne te les dois pas ces explications. Je les dois à moi-même et à ceux et celles capables de ne pas me regarder d’un air sombre ou désapprobateur. Je dis cela sans jugement de valeur, presque sans agressivité (je suis quand même obligée de laisser passer au moins 24h avant de te répondre, preuve que tu es blessant.e, que ton manque d’empathie atteint plus que mon gras.)
        On ne te demande pas de croire quoi que ce soit. Je ne te demande rien en fait. Ni d’aimer les gros.ses ni de les plaindre. Tu as apparemment été gros.se, que tu en souffres ou non ne veut pas dire que tout le monde a la force, l’envie, l’équilibre. Je crois que ça m’attriste d’autant plus de la part de quelqu’un de concerné.e.
        Encore une fois, tu as mal lu mon article – je ne dis pas que la société m’a rendue comme ça, je ne l’accuse de rien (et pourtant.). Je critique son rapport au surpoids, à la norme en général. Je ne vois pas ce qu’il y a d’outrageant à expliquer qu’on est blessé.e par des étudiantes qui ne SAVENT PAS dans quoi elles s’engagent et qui s’enfoncent dans leurs erreurs parce que les gros.ses n’ont pas d’humour, n’ont qu’à changer. Je dis que PERSONNELLEMENT, c’est triste d’être gros. C’est foutrement déprimant, rageant, ça demande mille fois plus d’efforts pour pas mal de choses. Des efforts inutiles parce qu’on met nous-mêmes notre masque de gros.se. J’ai l’impression qu’on ne voit que ça quand parfois, on me voit juste moi. C’est terrible et ça ne demande pas « juste de se prendre en main ». C’est moralisateur et inefficace. J’aimerais te féliciter pour ta perte de poids, tu n’imagines pas à quel point je l’envie, moi que le sport et l’équilibre commençait à remodeler et qui se reprend 20 kilos dans les dents, comme ça, pour rire, parce que la bouffe m’engloutit. Je ne peux pas te féliciter. Ce serait juger ta personne pour un chiffre sur une balance. C’est vil et erroné.

        Je suis pour que tout le monde s’exprime ici – La preuve, je prends le temps de te répondre. Pas pour jouer à la guerre, non, pour expliquer, libérer. Pour le point Charlie, tu pouvais cependant t’abstenir, ça n’a rien à voir avec le sujet et c’est purement de la provocation. Tu peux avoir été gros.se ou l’être encore et être grossophobe. C’est mon cas, ça ne nous met pas à l’abri. Être concerné.e ne protège pas de tous les maux – ça nous rend d’ailleurs parfois cruel.

        Parlons donc franchement: j’ai cru aussi, quand j’ai perdu du poids que les autres n’avaient qu’à faire des efforts, que le sport, c’était la vie. On m’a félicitée pour ma perte, on me l’a fait remarquer. Ah que j’étais fière et heureuse, j’ai effleuré l’idée d’être digne de moi. Digne de soi avec une balance – quelle connerie. L’une des plus grandes si on en croit la prise de poids qui a suivi, me prouvant que mon gras enfouissait bien plus, bien trop et que tout le monde avait, avec bienveillance maladroite enfoui avec moi.

        Être gros.se ne devrait pas être une honte. C’est assez pénible de se porter, de se regarder dans le miroir, de s’aimer. C’est compliqué pour TOUT LE MONDE. Pourquoi on se met des bâtons dans les roues comme ça ? B.I.E.N.V.E.I.L.L.A.N.C.E
        Merci.

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    3. Althaziel, prendre en main tes problèmes de mépris et de manque d’empathie, développer à minima ta connaissance du problème et cesser de parler de ce que tu ne maîtrises pas, ça te parait possible?

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      1.  » toi qui n’as AUCUNE idée de ce qu’on peut vivre.  »

        Y’a trois mois, je faisais 130kg, et des brimades concernant mon poids, j’en ai eu toute ma jeunesse.
        Donc si, j’ai connu, justement 🙂
        Try again.

        Ma perte de poids, je ne la dois qu’a ma volonté de maigrir. Donc certes y’en a qui ne peuvent pas maigrir comme ils le voudraient, mais tu ne me feras pas croire qu’il y’a 100% de vrais malades.
        Maintenant, tu veux changer le monde ? Ok, bah continue a faire des posts sur fb et a te plaindre sur un blog, c’est sur que ca va tout changer.

         » bien dans ta taille de mince, alors que c’est les gens comme toi qui nous humilient  » => Je ne suis pas mince, et je ne l’ai jamais été. En revanche, jamais je n’ai ete pointer du doigt la société en disant « c’est votre faute si je suis comme ca ».

        Au final, ce qui est comique, avec vos modes anti « istes » / « phobes », c’est que visiblement, seuls les concernés peuvent s’exprimer, mais seulement s’ils sont d’accord avec vous.
        S’ils ne le sont pas ? « TA GUEULE, TA GUEULE et TA GUEULE. »

        #jesuischarlie x)

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    4. L’auteur ne se « plaint » pas, elle décrit son ressenti. Il y a une grande différence. Mais bon, si vous préférez vous voiler la face et vous persuader que c’est elle qui dit des trucs pas gentils, vous resterez étroit d’esprit.

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  4. Je suis triste, il y aurait des avantages à ce qu’on soit tous aveugles. Je vais inventer un virus qui fait qu’on ne nous voit plus avec les yeux.

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  5. L’obésité, personne n’est à l’abri.
    L’obésité, il y en a qui sont heureux de son existence, oui oui, les fameux inventeurs de régimes comme le régime protéine, le régime banane, le régime PPP.
    Parce qu’il y a des personnes comme Monsieur Dukon (et ça m’fait mal de l’appeler Monsieur…), qui pensent qu’il faut pénaliser les jeunes en obésité dans les écoles, parce qu’ils ne sont pas assez persécutés comme ça…
    Les magazines avec leurs rubriques de 2 pages hypocrisies « ronde et jolie », l’industrie pharmaceutique de bas étage avec les pilules amaigrissante du style « tu vas passer ta journée des tes wc » (devraient même être livrés avec un livre du sudoku pour le coup)
    Sans parler de la fameuse mode « grande taille », étant homme, je vous donne l’horreur numéro une, la couleur, oui car quand on est gros, on a le choix entre une large palette de brun, sans parler des modèles qui sont « petits et rondouillards », alors quand on est grand et gros on fait quoi? bah on prend des vêtements trop large ou long.
    Puis le regard des gens, le jugement des gens, car quand on est gros, c’est parce que l’on s’empiffre jours et nuits, parce qu’il n’y a que la bouffe dans notre vie, nous n’avons pas droit à un accident, à une erreur médicale, à un problème de santé, à un passage noir de notre vie, non, pourquoi? parce que la télé quand on parle d’obésité montre la fameuse Amérique, avec ces « super-obèses » dans des fast food « Quituple cheese burger cuit dans le saindoux »
    Les gens qui nous répètent de nous prendre en main sont celles qui n’ont jamais porté ces kilos en trop, celles qui n’ont jamais connues une adolescence de gros(se) car c’est la période la plus amusante bien entendu, c’est là que tu te rends compte que le monde est à gerber, si tu sors de l’adolescence sans vouer une haine et un dégoût profond envers l’être humain…
    Aujourd’hui, on en est a un stade de l’opération (ce qui est mon cas), parce que on a tout fait, parce qu’on évite les miroirs, parce qu’on a mal au corps et surtout à l’âme, parce qu’on met tout nos espoirs dans cette opération, parce qu’on est prêt à mettre notre vie en jeu pour mieux la vivre.
    Parce qu’on en a marre que des cons nous disent « vous vous prendriez un peu plus en main »
    Bref, bel article !

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    1. Oh mille excuses, je croyais avoir répondu à ce message qui donne raison à ce cri poussé il y a quelques mois ! Bon courage pour l’opération et j’espère qu’un jour, l’âme va cicatriser !

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  6. Ce que tu écris me parle tellement… Je n’avais pas entendu parler de ce webzine personnellement et j’avoue n’avoir pas très envie d’en savoir plus. Ton billet me suffit largement.
    Merci vraiment d’avoir su trouver des mots si justes, bel article !
    (Je viens juste de publier un billet sur le sujet et c’est en cherchant sur twitter par hashtag que je t’ai trouvé. Je ne regrette pas 😉 ).

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    1. Je viens de le lire. C’est fou comme toutes ces idées reçues, on ne les questionne jamais alors qu’elles sont absurdes (et blessantes.) Je suis heureuse de lire aussi des gens qui se sentent bien comme ils sont, dans le corps qu’ils veulent ou non (ce n’est pas le cas pour moi, enfin, j’y travaille!) Et vive les hashtag dans ces conditions 🙂

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  7. J’ai eu des TCA. Pas les mêmes. Anorexie mentale. J’ai été maigre à l’extrême. Aujourd’hui j’ai repris pieds. je crois. Je n’arrive pas à me faire à l’idée que mon corps aujourd’hui est juste normal, que mon poids est normal. Je n’aime pas cet étranger. Il m’encombre. Il me pèse. Lourd lui aussi. Lourd à porter. Insupportable à voir. Les vergetures sur les cuisses pour avoir perdu 15kg en quelques mois, les formes qui se sont accentuées. Dire qu’à une époque on voyait mes côtes à 1m de distance. Sans doute suis-je un peu nostalgique de cette période où j’étais trop fatiguée et shootée pour me poser des questions, cette période où je ne pesais rien, cette période où je n’existais pas en tant que corps. Un pur esprit en somme. Rien de palpable. Rien du tout à dire vrai
    Votre combat me touche. Je n’ai jamais été grosse mais j’imagine aisément ce qu’est de vivre dans un corps qui nous est étranger et de n’être plus réduit qu’à ce corps, La lutte pour la reconnaissance en tant qu’être, être parfois souffrant. C’est vrai que c’est tellement drôle la maladie! On se marre tous les jours! Avoir faim sans jamais rien toucher, vivre avec ce creux qui finit par nous emplir ou remplir un vide qui ne se comble jamais, bouffer (parce qu’il s’agit bien de ça) sur un instant de panique ou un manque, qui n’en rêverait pas! les vomissements, l’hp, les médicaments, le rejet, et ce regard, cet affreux regard, cet indicible poids que sont les yeux…..Vraiment, qu’est ce qu’on rigole!
    Je vous soutiens. De tout coeur. Ce que vous faites n’est pas chose facile.

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    1. Ton message m’émeut énormément. (je me permet le tutoiement) Les TCA sont des monstres qui nous changent, nous engloutissent, nous menacent sans cesse. Je suis émue car j’imagine à peine la douleur de l’anorexie. Je sais juste que là encore, la société juge, t’attrapes par le col et te dit que c’est trop, qu’il faut que tu calmes le jeu quand dans un même temps, elle t’impose la minceur, la perfection, l’inatteignable. Je suis émue parce que je sais que le corps disparaît concrètement quand dans mes propres TCA, il disparaît sous la graisse. Nous disparaissons et c’est insupportable.

      Les gens n’imaginent pas. On ne peut pas leur en vouloir pour ça. Mais quand ils ne savent pas, ils devraient se taire parce que les méchancetés enfoncent, cristallisent le mal.

      Merci à toi, d’avoir pris le temps de m’écrire ces mots, de partager ce qui, nous le savons ne se partage habituellement pas, à cause de la honte et de la culpabilité. Ce soutien, je le prends les bras tendus, offerts. Je crois que, blessé.e ou soigné.e, c’est grâce à ce genre de mots qu’on se sort de là. J’en suis extrêmement reconnaissante. Ça fait écho. Ça me fait du bien. Merci.

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      1. L’incompréhension aussi empêche de se livrer. A qui pourrais-je écrire ou dire ça aujourd’hui? Je me le demande encore.
        Merci de votre réponse

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  8. Article très bien écrit, et qui décrit parfaitement la situation. Dommage que les critiques soient dans les deux sens, dommage que les gens ne commencent pas par s’accepter avant de critiquer les autres ;).

    Signé un mince « au-dessus des vergetures, des troubles alimentaires et des magasins dans lesquels tu ne trouves pas ta taille », pleins de bisous squelettiques pour preuve de bonne foi !

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    1. Je flaire le mépris. Je vais faire avec.
      Je critique les discriminations intériorisées par tous.tes et même par moi-même, pas les personnes en tant que tel.

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      1. (en vrai, je suis flattée du compliment sur l’écriture!) Loin de moi l’idée de continuer à mettre les autres dans les cases. Je vais plutôt les renverser !

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  9. C’est curieux, on dit la même chose en parlant des gros et des dépressifs, il me semble. « Vous n’avez qu’à vous prendre en main », « oui mais si tu fais rien pour t’en sortir aussi… » Parce qu’évidemment, quand on a un problème quelconque, c’est notre faute, et si ça ne se règle pas tout seul, c’est qu’on veut bien souffrir… Les gens qui parlent comme ça ont-ils la moindre idée de la lutte que les personnes dépressives et/ou en surpoids doivent mener au quotidien ? Peu importe qu’on cherche à leur expliquer, ou qu’on leur renvoie le « ta gueule » qu’ils méritent amplement, ils continuent à répéter leur rengaine culpabilisatrice… Que leur dire, au final ?
    Heureusement qu’il reste des gens qui font l’effort de se mettre à la place d’autrui, comme vous.
    J’aurais aimé lire des articles de ce webzine pour m’en faire une idée par moi-même, mais pour l’instant je n’en trouve pas… J’ai l’impression que ces filles étaient bien intentionnées au départ, mais qu’elles s’y sont prises maladroitement, et qu’elles ont enfoncé le clou en affirmant que les personnes offensées n’ont pas de recul. C’est typique comme réaction, non ? « Vous n’aimez pas qu’on vous blesse ? Alors c’est que vous manquez de recul/de second degré/vous vous prenez trop au sérieux ». Un peu trop facile…

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    1. Depuis quelques mois maintenant, le site est en standby avec la promesse d’un retour. Je pense que leurs intentions n’étaient pas mauvaises mais qu’elles les ont rendues mauvaises en méprisant la parole des concerné-es et en ne se remettant pas une seconde en question. Pas facile, ce monde dans lequel une prise de conscience est considérée comme un échec et une reculade. En tout cas, merci de votre commentaire (:

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  10. J’ai 15 ans. Je suis en léger surpoids, pas de beaucoup, mais je suis apte à comprendre tout ce que tu dis Justine, dans cet article. Je crois que le monde avance, un peu. Peut être pas beaucoup. Je suis peut être un peu trop optimiste. Mais je rencontre de plus en plus de gens qui sont d’accord avec nous. Je me rends compte que je ne suis pas grosse. Et que j’ai de la chance malgré ce que je pense quelques fois. J’ai tout de même beaucoup de vergetures, et des peurs un peu pathétiques. Je devrai sûrement «faire attention» à ce que je mange, et au sport que je fais toute ma vie.
    Je te souhaite un grand courage pour le futur, grosse ne veut pas dire laide, et espérons toutes les deux que tu puisses t’accepter telle que tu es.

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    1. Bonsoir Garance,

      Il m’a fallu un peu de temps pour te répondre car le poids, quelle (déjà) longue histoire pour moi. Je suis heureuse de lire que tu réalises que tu n’es pas vraiment grosse (attention, tu le serais,ça ne changerait rien à ta valeur) – ce que je veux dire, c’est que moi aussi ça m’apporte beaucoup d’optimiste de savoir, qu’à ton âge, tu réalises que ce que disent les gens, ce n’est pas forcément la vérité absolue et que tu ne te résumes pas à une aiguille de balance.

      A 15 ans, je me croyais grosse et je ne l’étais pas. Y’a l’inquiétude des proches et l’incapacité des médecins qui font faire de mauvaises choses.

      Je pense, moi aussi, que ça bouge. Peut-être que cet article, aujourd’hui, je l’écrirais autrement. Avec moins de colère (quoi que) et avec plus de perspective. Gros-se ne voudra jamais dire laid-e malgré toutes les horreurs qu’on peut lire.

      Merci pour tes mots qui sont très beaux. Je me réapproprie doucement mon corps et je te souhaite de vivre avant de « faire attention », d’essayer de te mettre le moins de barrières possibles. Nous sommes comme nous sommes et y’a pas de raison que ça change 🙂

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      1. Moi aussi je mets encore beaucoup de temps à répondre. Je voulais juste te dire merci pour cette réponse. De plus en plus on me dit que je suis belle comme ça, que je n’ai pas besoin de changer. Alors, je comprends que si je veux maigrir, c’est mon choix, et pas celui des autres. Merci encore et encore.

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