Forcené.e

Ahoy, jeunes louveteaux des steppes ! Idéaliste ! Tu es jeune, tu verras avec l’expérience, la vie, la réalité ! C’est pas si simple ! Opti-quoi ? Tu me fais rire avec tes grandes idées ! Tu ne changeras rien ! C’est impossible ! Les livres, ça ne sauve pas le monde ! C’est trop compliqué ! C’est naïf ! Tu es naïve. Regarde les choses en face ! Ce n’est pas possible ! On n’est pas des Bisounours ! Le monde va mal ! C’est fini ce temps-là ! Tu changeras ! Reviens dans dix ans. Ça ne marche pas ! C’est perdu d’avance.

Calm like a bomb, Justine Dauphin ©

Que de réjouissances, en somme. De vastes encouragements sortis de bouches diverses et variées. Je suis d’une espèce qui se fait rare, vous savez. Être optimiste, ce n’est pas vraiment le truc du moment. On nous croirait sorti.es de nulle part. Mauvaise époque. Mauvaise destination. Espace-temps inconnus. Alien à forme humaine.

Je suis l’optimiste de service, donc. J’ai la gouaille, l’humour gras et à toute épreuve (ou presque). J’aime prouver par A+ B que le monde peut changer, aller mieux, aller bien. Que le monde c’est chooooli comme une pâquerette ou comme un bébé loutre. Mes préceptes en effraient plus d’un.e : bonne humeur, bienveillance, amour et colère. On me caractériserait volontiers par : « elle est gentille. » Traduction : me dites quand même pas qu’elle croit à toutes ces conneries ?! ‘Toute façon, elle n’a jamais vu de bébés loutres ! Remettons donc les choses à l’endroit, parce que là, désolée de vous le dire mais vous vous fourrez le doigt dans l’œil. D’une : je crois à ces conneries. De deux : Ça ne fait pas de moi une quiche qui ne comprend rien à ce qui l’entoure. Le monde est fou, l’être humain vil en portant son existence absurde. Il a de fortes tendances à s’auto-détruire et s’auto-haïr. Soit. Ça ne nous empêche pas le refus, la révolte, le soulèvement. Pourquoi se soumet-on pieds et poings liés ? Pourquoi fait-on preuve d’un courage surhumain dès qu’il s’agit d’obéir mais reste-t-on interdit.es et figé.es quand une main se tend ou un sourire éclaire la journée ?

Moi, je refuse. Je refuse en bloc. Net. Je freine des quatre fers. Tête de mule.

Je ne la ramène pas par courage. Ce serait même l’inverse quand j’y pense. Ma révolte n’est pas courageuse, elle est inscrite en moi. Je ne supporte simplement pas la noirceur ambiante qui enrobe toute chose. Ça demande un courage absolu d’accepter la violence devant les yeux, les impolitesses quotidiennes et l’air morose. Ou une sorte de la résignation à laquelle je ne peux me résoudre. Pas les capacités physiques et intellectuelles de résister dans l’acceptation. J’ai choisi la révolte. Les révoltes. Celle, un peu mesquine, traces de l’enfance, d’envoyer paître la pharmacienne pour sa remarque raciste, le vendeur de la Fn*c pour la porte de prison en guise de bonjour et la police municipale pour leur excès de zèle. La révolte obstinée pour m’éviter de me noyer au fond de mon lit, rendre le monde surmontable. Pas à pas. Petit caillou par petit caillou. La révolte de la bienveillance. Celle qui fait chier tout le monde quand tu la ramènes poliment mais que tu la ramènes quand même. On fait tous.tes comme on peut.

D’accord c’est pas la grosse ambiance ici-bas, je vous l’accorde. Et puis quoi ? On se laisse crever, les flancs glacés de solitude, les mains rêches de désamour ? Tête de mule je vous dis. Je plonge dans les immondices du monde pour vous en sortir des joyaux. Le tout, c’est d’y tenir, rien qu’à un fil. Moi aussi je pleure mes espoirs quand, par erreur, je les prends pour des croyances. Mon optimisme est et sera politique. Il ne sera ni fuite ni miracle et ne portera pas le nom d’utopie puisqu’il se construira dans le refus, la lutte et la révolte. Violence optimiste. Il est en actes, observe les détails et se nourrit de la bienveillance. Il est nécessaire. Posture pour être au monde. Apparaître, naître, s’éveiller. Difficile. Je cache encore mes utopies derrière le nom de rêveries parce que je ne supporte pas l’idée qu’elles ne prennent pas forme. Bâtir. Coûte que coûte. Bâtissons. Creusons, avançons. S’il y a un salut ici-bas, c’est celui-là.

Bien-sûr, il y a des acidités et des amertumes. Malgré les larmes, les hauts le cœur, la peur et les petites renonciations du quotidien. Tous les jours, la révolte par bras tendus, sourires crispés et beautés cachées. Avoir le cœur neuf, une gaieté nouvelle, consciente. L’optimisme trébuchant mais forcené, exalté même.

«Alors on essaie de sourire, de nettoyer nos souvenirs et l’on se remet assez vite. Survivre n’est pas si sorcier. Et l’on retrouve le goût de vivre du moins pour la matinée.»

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