Les petits pois(s)ons

Chaque être humain possède en elllui un bocal. Il est plus ou moins rempli, certains sont transparents, d’autres un peu plus opaques ; l’on s’en sert aléatoirement, parfois trop souvent, parfois pas assez. Et il arrive que dans ce bocal, s’installent des petits pois(s)ons. Ce n’est pas évident de les reconnaître, car ils ne sont pas toujours rouges avec des nageoires. Il y en a qui sont bleus, d’autres verts, certains tiennent d’avantage du requin ou du crocodile, mais nous ne les voyons bien souvent que comme des petits pois(s)ons.

Au début, on est toujours ravis d’avoir ces petits pois(s)ons : on se promet de bien s’en occuper pour les récompenser de ce qu’ils nous apportent sans le faire exprès, on les montre à tout le monde ou bien on les garde jalousement, on leur consacre du temps. Ces petits pois(s)ons font de nous de meilleures personnes, plus confiantes, plus heureuses : on s’oublie un peu à s’occuper de ses petits pois(s)ons. Puis, tout doucement, les voilà qui réclament plus de place dans le bocal, discrètement, subtilement ; on leur accorde parfois sans s’en rendre compte, parce qu’on est contents de les avoir près de nous. Il faut dire que c’est confortable d’avoir des petits pois(s)ons, c’est même rassurant : qu’est-ce qu’on risque à les regarder tournicoter en rond dans le bocal ? C’est à bâbord ou à tribord qu’on rame le plus fort.

Les petits pois(s)ons font leur besoin dans le bocal. Évidemment, puisque c’est là qu’ils vivent ; c’est donc à nous de nettoyer. C’est aussi à nous de changer l’eau, quand les petits pois(s)ons se lassent : on vide le bocal, on le re-remplit, encore et encore. Parfois l’eau est calcaire, alors ledit bocal s’entartre et paraît sale. On se dit qu’il faudrait le remplacer : il ne faudrait pas que quelqu’un.e puisse croire que l’on traite mal nos petits pois(s)ons. D’ailleurs, parfois, les gens autour sont jaloux d’eux : pourquoi tu passes autant de temps avec eux plutôt qu’avec nous ? On ne t’intéresse plus ? Tu devrais faire attention, ils sont en train de te monter à la tête…

Me monter à la tête, mes petits pois(s)ons ? Bien sûr que non. Ils veulent juste la totalité du bocal, c’est bien normal après tout, c’est moi qui les ai laissés venir, je ne peux tout de même pas les chasser. Ils sont bien ici, tant pis pour mon bocal, si personne d’autre n’en veut, c’est sûrement parce qu’il n’est pas si génial.

Et puis un beau matin, alors qu’on plonge la main dans l’eau pour nourrir les petits pois(s)ons, il y en a un qui vous mord. Ils ont toujours faim, ils en veulent toujours plus. Après le bocal, ce sera donc la main, puis le bras, puis tout. Jusqu’à ce que vous leur cédiez totalement. Il faut alors prendre son courage à deux mains (s’il vous en reste autant, sinon à une) pour regarder derrière le masque des petits pois(s)ons. Restez de l’autre côté du bocal, tenez-vous à l’écart : ce sont en fait des piranhas.

Méthode « The Asylum »

Voici venu le moment le plus difficile avec les petits pois(s)ons : les remettre à la mer. Mais ils ne sont pas faits pour vivre dans votre bocal et votre bocal n’est pas fait pour les accueillir. Prévenez les nageurs autour de vous: attention aux petits pois(s)ons. Et puis rassurez-vous, un jour ces petits pois(s)ons trouveront un bocal à leur taille : le leur.

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