Trop gentil.le

Brave gamin.e, bon.ne gosse, enfant sage comme une image, que nous collectionnons et mettons dans un album, entre deux feuillets de pergamine. Retour à la case départ, cercle vertueux : des années de sur-place. Un instantané de bonté, que nous regardons un bref moment avant de l’oublier déjà. Un charmant spectacle, conciliant, pratique. Ne pas applaudir, parce que nous l’avons vu quelque part, que nous le verrons encore, vite habitué.es malgré ses représentations de plus en plus espacées.

La gentillesse est terrifiante. Celle d’autrui, car nous craignons qu’elle ne réclame quelque chose en échange. Un sourire et nous baissons la tête, un «Bonjour» et nous sursautons. La notre peut-être encore d’avantage, effarante capacité à aimer nos proches parce qu’ielles sont ce que nous avons de plus précieux, l’inconnu.e parce qu’ielle est humanité, le monde simplement parce qu’il est monde. Alors nous courbons le dos, tournons la tête, ravalons nos mots tendres et raillons ce qui pourrait de près comme de loin donner l’occasion à autrui d’appeler un chat un chat. À celleux qui osent encore, viendra un jour la réponse fatidique :

« Tu es trop gentil.le. »*

 

*Parfois précédé d’un « Il ne fallait pas. »

 

Trop : excès.

La gentillesse qui déborde, par toutes les excroissances du cœur, physiques ou impalpables. 250 à 300 grammes de viande, qu’on offre sur un plateau pour nourrir celleux qui le font battre au plus vrai. Il y a un peu plus, je vous le mets quand même ? Donner, offrir, remettre : placer ce qu’on a crée de plus fin en quelqu’un.e d’autre. Et s’entendre dire que cela dépasse les limites : trop lourd, trop encombrant, que veux-tu que j’en fasse, où pourrais-je le ranger, j’en ai déjà suffisamment, tu peux le garder pour toi, je n’en veux pas. À la poubelle la bonté, aux ordures les bons sentiments. Marcher dessus, piétiner le tout. En faire des confettuttiquanti. Retourner à la vanité du monde, se laisser aller aux petites crasses, par habitude. La méchanceté est une facilité.

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   Aux gentil.les qui me lisent, je vous sais. Je vous sens à des kilomètres, cela se lit sur vos bouilles, dans vos yeux clairvoyants et vos sourires qui se taisent. Ne changez pas. Laissez vos lèvres s’ouvrir pour chanter l’affection, vos mains se tendre pour enlacer l’humain. Ne vous empêchez pas d’être et apprenez doucement à vous tourner vers celleux qui sauront vous recevoir. Le monde vous réclame d’une malhabile manière.

Vous ne serez jamais trop.

 

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