A poil(s) !

Promis ça commence plutôt mal, mais ça finit plutôt bien.

L’été est là, et avec lui toute sa ribambelle d’injonctions faites aux femmes : le « bikini body« , les cheveux au top malgré le sable et l’eau de mer, le maquillage obligatoire et nickel même sous 45°C, et bien sûr un corps aussi lisse que possible, sans le moindre poil visible en dessous des sourcils. Nonobstant le fait que les femmes sont des êtres humains comme les autres – êtres humains qui, rappelons-le, sont des mammifères et possèdent donc des poils – notre société patriarcale part du principe qu’une « vraie femme » ne doit pas être poilue. Ce qui donne que durant toute mon enfance et une bonne partie de mon adolescence, je n’ai jamais vu de jambes, d’aisselles ou d’aines avec des poils. Dans aucune série, dans aucun film, dans aucune publicité (pas même celles pour les produits concernés !), dans aucun magazine. Que des déesses sans le moindre poil qui dépasse.

Julia Roberts avait fait scandale en 1999 en foulant le tapis rouge avec des aisselles poilues
Julia Roberts avait fait scandale en 1999 en foulant le tapis rouge avec des aisselles poilues

Bien entendu, lors de mon entrée dans l’adolescence, je n’ai jamais remis en cause ces images. Je ne les ai jamais questionnées, jamais désignées en tant que telles : pour moi (et toutes les autres jeunes filles), elles allaient de soi. Ainsi vers mes 11-12 ans, quand j’ai estimé que mes poils devenaient trop voyants, j’ai commencé à supplier ma mère pour qu’elle m’aide à les faire disparaitre. Je me suis donc retrouvée un mercredi après-midi chez l’esthéticienne pour que celle-ci épile pour la première fois mes mollets à peine pubères. Je me rappelle que ma mère n’était pas vraiment ravie et qu’elle levait les yeux au ciel, mais moi j’étais très contente, presque fière. Peu importe la douleur de la cire, j’avais l’impression de faire désormais partie de la cour des grandes, d’être devenue une « vraie femme ». Et pourtant, je me souviens très bien que je n’étais encore qu’une enfant, et que ce jour-là je portais d’ailleurs un T-shirt imprimé de dauphins photo-réalistes et un short à petits coeurs : on était bien loin de l’uniforme de la « vraie femme ».

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Illustration par cfmvirus

Ce moment de ma vie m’a d’autant plus marquée qu’il a eu lieu quelques jours avant une discussion très particulière prenant place au collège. J’étais assise à côté de deux camarades féminines qui portaient des jupes ce jour-là, et l’une d’elle a sorti à l’autre : « Han tu t’épiles pas les jambes ?! *regard horrifié* T’as vu au moins elle (en me désignant), elle s’épile, ça se voit, c’est bien ! ». Autant dire qu’il n’a pas fallu longtemps avant que la camarade ainsi invectivée se débarrasse de ses poils. C’est comme ça qu’a commencé mon rapport à l’épilation : dans la fierté et la constatation que c’était « bien », et que si je ne m’y conformais pas, j’allais subir l’opprobre populaire. Ce n’était même pas une question de séduction ou de regard masculin pour le moment, la police du poil se faisait entre femmes.

Miley Cirus a décidé de colorer ses aisselles
Miley Cirus a décidé de colorer ses aisselles

Et puis les années ont passé, je n’ai jamais cessé d’enlever les poils sur mon corps, ayant de plus en plus l’impression de faire partie de la communauté des « vraies femmes » lorsque je me rendais seule chez l’esthéticienne ou que j’échangeais des astuces avec mes amies. J’ai même commencé à faire partie de cette fameuse police du poils, vis-à-vis de moi-même, et aussi vis-à-vis des autres femmes, allant jusqu’à faire des reproches à ma propre mère. Et puis un jour, j’ai eu une révélation : j’ai découvert que certaines femmes ne s’épilaient pas et que le ciel ne leur était pas encore tombé sur la tête. Un site internet regroupant quelques témoignages à ce sujet et sur lequel j’étais tombé par hasard venait de fracasser toutes mes convictions. Non je n’étais pas obligée de le faire, je n’étais pas obligée d’avoir honte et de me détester lorsqu’un ou deux poils apparaissaient.

Illustration par Carol Rossetti
« Amanda a décidé que l’épilation n’était pas son truc. Amanda, c’est ton corps et tu fais ce que tu veux avec. Aucune convention sociale n’a le droit d’interférer avec ton identité ! » Illustration par Carol Rossetti

L’idée a fait son chemin. Les lectures féministes sur la notion d’injonction ont fait le reste. Récemment les photos de femmes, célèbres ou inconnues, qui montrent sans gêne leurs poils sur tumblr ou en première page des magazines n’ont fait que consolider mon épiphanie. Retirer chacun des poils de mon corps ne faisait pas de moi une femme « plus vraie » ou « plus adulte » ou une « personne bien ». Retirer chacun des poils de mon corps n’était pas un devoir. Je ne devais rien à personne. Pas à mes camarades de classe, sûrement pas aux inconnu-es croisé-es dans la rue. Et encore moins à mes amant-es. Mais si je choisissais de le faire, en connaissance de cause, cela ne faisait pas non plus de moi une victime ou une idiote. Aujourd’hui, j’ai appris à lâcher prise, à ré-apprendre à voir un corps au naturel sans sentiment de dégoût. J’ai enfin réussi à percevoir l’épilation comme un choix parmi d’autres, et non comme une obligation.

BodyHair
Illustration par Isabella Rotman

Peu importe si je garde mes poils ou non, le plus important c’est qu’aujourd’hui j’ai réussi à mettre à jour l’injonction pour la transformer du mieux que j’ai pu en un choix à peu près éclairé. Bien sûr cela reste une lutte personnelle face à la peur des remarques et des regards quand je décide de ne pas m’épiler, bien sûr cela reste un travail long et compliqué. Cet article n’est qu’un pas de plus dans ma réflexion, mais j’espère qu’il permettra à quelques femmes d’appréhender la question de l’épilation de manière plus positive et de ne pas oublier que nous avons le droit de vivre nos poils comme nous l’entendons, en gardant en tête ce slogan optimiste et libérateur : notre corps, nos choix.

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Cosplay & optimisme

Quand on m’a gentiment demandé d’écrire pour l’Opteamiste, je n’ai pas hésité longtemps avant d’accepter et surtout avant de choisir un sujet. En effet, j’ai eu immédiatement envie de vous parler de cosplay. Car c’est ce qui me rend la plus heureuse et la plus optimiste là maintenant. Le cosplay, c’est à la fois un art et un loisir, parfois même un métier, qui consiste à recréer les costumes de personnages de fiction avant de les incarner lors de conventions ou de shootings photo.

Yaya Han en Catwoman
Yaya Han en Catwoman

J’ai découvert ce hobby il y a quelques années et je me suis lancée dedans il y a seulement deux ans. Pour être honnête, je ne savais pas trop à quoi m’attendre : allais-je oser me montrer en public dans un costume ? Est-ce que ça allait me plaire après tout ? Et puis, finalement, j’ai adoré. J’ai adoré construire mon premier costume, j’ai adoré le porter, j’ai adoré pouvoir partager tout ça avec des ami-e-s, j’ai adoré poser pour les quelques photographes. Et j’ai adoré me voir sur les photos. Ce dernier point est important. Comme toutes les femmes, je suis soumise à la pression immense que la société fait peser sur nos épaules concernant notre apparence. J’ai longtemps été en bataille avec mon corps. Même si je rentre à peu près dans les standards de beauté actuels, j’ai souvent détesté mon corps. Pour ce qu’il était, pour l’image qu’il renvoyait de moi, pour les regards non voulus et les agressions plus ou moins violentes qu’il m’attirait. Petit à petit, que ce soit à travers des lectures féministes salvatrices, des témoignages similaires, l’amour de mes proches, j’ai commencé à m’accepter. A reprendre le contrôle et à réclamer la propriété de mon propre corps. Et indéniablement le cosplay m’a aidé à faire ce long chemin.

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The Venus Noire en Powergirl

Lorsque j’enfile un costume, je deviens un autre personnage mais au fond je ne fais que mettre à jour celle que je suis vraiment. Je me sens plus libre. Je choisis celui ou celle que je veux devenir, je choisis son apparence toute entière, de la couleur de ses cheveux à celle de ses chaussures. Je peux choisir de transformer mon corps pour coller à un personnage, ou au contraire de transformer ce personnage pour le faire coller à mon corps. Pour montrer au monde ce que serait ce héros ou cette héroïne dans la vraie vie. Je peux jouer avec mon genre, me faire fille ou garçon, je peux décider d’être cette femme fatale ou cette guerrière intrépide, je peux mettre en avant ma sensualité ou ma force, ma douceur ou ma colère. Je peux tout être, tout devenir. Le cosplay est un jeu avec soi-même, avec son apparence. Jouer avec son image, pour mieux se la réapproprier.

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Alyson Tabbitha avant et après sa transformation en Jack Sparrow

Mais c’est aussi un défi aux normes et aux conventions restreintes de notre culture. Si la communauté a ses problèmes, je n’en ai jamais trouvé de plus ouverte, de plus tolérante. Chaque jour je vois les photos de filles ou de femmes, qui, grâce à leurs costumes, se sentent plus belles, plus fortes. Et cela me met en joie. Cela m’inspire. Je suis heureuse à chaque fois que l’une d’entre elles poste une photo d’elle, que ce soit un selfie dans une salle de bain ou une photographie professionnelle en studio. Parce que je me dis que cette femme s’aime, et que c’est beau, que c’est une petite victoire face à cette société qui apprend aux femmes à se détester dès leur plus jeune âge.

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Shoko en Jinouga

Le cosplay est ma petite bulle d’optimisme pour tout un tas d’autres raisons, notamment parce qu’il est gratifiant de créer quelque chose de ses propres mains, ou encore parce qu’il est touchant de voir l’entraide et le soutien entre cosplayers. Parce que c’est aussi un loisir qui peut devenir militant lorsque certaines cosplayeuses mettent en lumière les discriminations dont elles sont victimes, lorsque les plus célèbres d’entre elles s’expriment contre le sexisme, lorsque des initiatives à l’envergure internationale comme Cosplay is not Consent voient le jour.

"Tu peux être une princesse. Tu peux être une reine. Tu peux même être une déesse. Tu peux être tout ce que tu veux : aimer ton cosplay, c'est t'aimer toi-même." Citation sur la page facebook de la cosplayeuse militante Brichibi.
« Tu peux être une princesse. Tu peux être une reine. Tu peux même être une déesse. Tu peux être tout ce que tu veux : aimer ton cosplay, c’est t’aimer toi-même. » Citation sur la page facebook de la cosplayeuse militante Brichibi.

Loin d’être une simple fête déguisée, le cosplay est donc un hobby résolument optimiste, qui repose avant tout sur le fun. Et le fait qu’il permette au passage à quelques-un-e-s de se réconcilier avec elleux-mêmes ne peut que le rendre encore plus incroyablement réjouissant.

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Moi-même en Thor

Vous pouvez retrouver mes costumes sur ma page DeviantArt Phobos-cosplay.