De l’inclusivité de la langue (et de ses détracteur-trices)

C’est tout de même très drôle cette obsession soudaine CONTRE l’écriture inclusive comme, je cite « péril mortel » pour la langue française.

Le mot choisi, si on doutait déjà de sa mesure, est incorrect. Clarifions le terme de péril : qui menace l’existence de quelqu’un-e (oui) ou quelque chose. Il y a là-dedans la peur de la perte, de la disparition. Comment est-il possible de mettre en péril une langue, non pas en lui enlevant mais en lui ajoutant quelque chose ? Dites-donc, l’Académie française, ce n’est pas votre taf (oups), le sens des mots ? Je n’y vois pas de péril et si je dois être franche, j’y vois un progrès social (et j’ai même pas honte !).

J’ai un message pour vous qui êtes dans le rejet: vous vous habituerez. Après tout, il fut un temps où les femmes n’avaient pas le droit de porter des pantalons (sauf à tenir un guidon ou les rênes d’un cheval). Puis, on a fini par le faire, à égalité (sans les poches parce qu’il faut pas déconner quand même).

Parler de « péril mortel », en plus de sacrément manquer de mesure, c’est mépriser notre langue même, la penser incapable de se mouvoir et de se libérer de codes qu’elle a portés parfois, bien malgré elle. Pourquoi des mots aussi durs pour une écriture qui inclut et un silence lourd pour une grammaire qui exclut ? Loin de moi l’idée de vous citer tous les exemples problématiques parce que notre si jolie langue porte des stigmates historiques pas bien folichons. Prenons-en tout de même un connu de tous-tes et appris par cœur dans les écoles, source même de blagues dans la cour de récré pour confirmer la supériorité du mâle, le vrai.

Grammaticalement, le masculin l’emporte sur le féminin depuis le XVIIIe. siècle pour des raisons purement sexistes (à savoir que le mâle est supérieur à la femelle, au cas où on ne le savait pas, tiens) et très peu s’en offusquent, si ce n’est ces hystériques de féministes (je me reconnais bien là !). On ne s’offusque pas pour un sou d’avoir remplacé une règle de proximité héritée du latin et du grec (cela devrait vous paraître assez noble, non ?) qui faisait que féminin ou masculin, tout le monde avait sa chance pour s’accorder. Quand on y pense, on peut jouer avec, alterner, faire respirer notre langue. Ah, non, j’oubliais. Le mâle, la femelle, la domination. C’est ça qui compte. On n’est pas là pour communiquer mais pour entretenir des rapports de force (ah bon ? Mais moi je croyais que ? Bon.)

ALTHAUS
Waage, Lisa Althaus, eau forte.

Pourquoi ai-je encore la naïveté de croire que le rôle de l’Académie française devrait être d’entretenir une langue riche, ouverte et plus égalitaire ? Vous rejetez une pratique en bloc sans la discuter alors qu’elle a tellement à nous dire. Défendre l’écriture inclusive ne signifie pas vouloir faire « n’importe quoi » avec la langue. C’est admettre le mouvement, un peu comme le passage de la rime à la prose. Et ce mouvement, il peut être questionné sur ses formes mais sur son fond, vraiment ? Vous croyez vraiment que c’est superflu de se sentir représenté-es ? Vous voyez du superflu dans nos survies, de l’ignorance dans nos théories. Vous êtes au-dessus de tout.

Comme je suis quand même une meuf sympa, voici des pistes de questionnements, quand vous arrêterez de vous sentir menacé-es par des tirets:

– La langue se doit-elle d’être esthétique ?
– Comment passer de l’écriture inclusive à l’oralité ?
– Comment aborder les formes pronominales et les normaliser, par souci de compréhension (celleux, elleux, iels etc.)
– Rendre cette écriture lisible (les espacements notamment et les formes dites inhabituelles)

Oui, cette écriture est un apprentissage et comme tout apprentissage, il prend un peu de temps mais on peut commencer tout doux. On peut commencer qu’avec certains accords quand on juge qu’ils sont centraux ou au contraire qu’avec certains pronoms. On peut décider de la jouer en tout inclusif ou faire par touche. On doit bien commencer quelque part, tâtonner.

Un jour, la bienveillance l’emportera dans la grammaire. Point à la ligne.

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Spectatrice

J’éprouve de manière générale une joie profonde à l’idée d’aller au théâtre et voilà qu’en deux jours à Berlin,  je vais voir deux représentations. Autant dire que j’en ai pris plein les mirettes et mon cœur déborde. Il faut que ça sorte.

Deux théâtres. Deux metteuses en scène.

D’un côté Schatten (Eurydike sagt)* (Ombres (Eurydice dit)) d’Elfriede Jelinek qui laisse mes yeux ébahis.

© Schaubühne
© Schaubühne

J’y vais sans savoir, sans attente, avec la simple joie de voir une scène, de me retrouver au milieu d’un public. Dès les premières minutes, j’assiste à une pièce inédite : iels composent un film en direct devant nous. A la seule différence qu’il n’y a pas de montage. On voit les plans s’enchaîner, les caméras s’affoler, les décors bouger. Une actrice en cabine joue la voix du personnage principal. On a les yeux qui vont dans tous les sens, curieux, agités, subjugués. On crée devant nous un film sans aucune coupure, avec une minutie et une précision parfaites. Pas un accroc visible à nos yeux. On est porté-es.

C’est l’histoire du mythe d’Orphée et Eurydice. Pour mémoire, Eurydice est emportée aux Enfers après avoir été mordue par un serpent et Orphée, cherchant à la sauver, traverse les Enfers à sa recherche. La seule condition pour la récupérer est qu’il ne doit jamais la regarder jusqu’à ce qu’iels sortent des Enfers. Il échoue et Eurydice est condamnée aux abîmes.

En vérité, dans cette pièce, c’est l’histoire d’Eurydice. Son point de vue, ses mots, ses sensibilités. On voit une femme forte, courageuse, cherchant sa place et la prenant, même dans la peur, les craintes et l’incertitude. Elle se trouve. On voit que les Enfers ne sont pas toujours ceux qu’on croit.

Fort. Grandiose et profondément féministe.

De l’autre, Denial* (déni) de Yael Ronan qui me fait pleurer à chaudes larmes sur mon siège et me laisse un aussi gros trou dans le cœur qu’un vent d’optimisme dans les poumons.

© Maxim Gorki Theater
© Maxim Gorki Theater

Tout va bien dans le meilleur des mondes avec la devise qui revient : « J’ai eu une enfance heureuse ». Pas de maltraitances, pas de mépris, d’humiliation, de racisme. Non, jamais. Pas de haine, d’abandon et de manque cruel d’amour. Pas de mensonges, de non-dits, d’aspérités. Ça n’arrive pas ces choses-là.

Explosion des mots et des vécus. La metteuse en scène travaille comme ça : certaines histoires touchent à des éléments biographiques de ses interprètes. On ne saura pas et on n’a pas besoin de savoir. Une des interprètes le dit si bien avec humour juste après la pièce pendant une discussion avec le public : « when it’s true, you feel it ! ». On n’a pas besoin de savoir. Dans le public, on est nombreux-ses à se sentir démasqué-es, à se rendre compte qu’on a bien enfoui et que ça n’a pas si bien marché. Tension constante entre protection et poison. Le déni court mais ne trouve pas abri éternellement.

Deux pièces engagées et poétiques qui ne peuvent me laisser de marbre.

Alors, si vous en avez l’occasion, courez au théâtre. Si ce n’est pas pour ces pièces-là, il y en a tellement d’autres. Cultivez la variété, la curiosité et les prises de risque. Que l’art soit à la hauteur de vous-mêmes. Courez au théâtre, au cinéma, enfouissez-vous dans un livre ou perdez-vous devant un tableau. Trouvez l’art : partout. A la hauteur de vous-mêmes, il y a ce doux mélange entre le débordement et la satiété. Plongez !

 

 

*Représentation au théâtre Schaubühne à Berlin et plus d’infos sur leur site : https://www.schaubuehne.de/en/productions/shadow-eurydice-speaks.html

*Représentation au Maxim Gorki Theater et plus d’infos sur leur site : http://www.gorki.de/en/denial

Broutille

Je suis une broutille heureuse. Tout à l’heure, sur mon vélo, j’ai pensé à beaucoup d’entre vous. Mes ami-es d’enfance, de passage et de toujours, vos regards, vos mots, vos estimes. Vous, croisé-es au détour des voyages, des déménagements, des aléas. Au détour de la rue pour ne parfois plus jamais vous recroiser sans pour autant vous oublier. J’ai eu envie de pleurer de peur de vous perdre un jour et de ne pas vous avoir dit assez « buvons, aimons, révoltons-nous » ou de vous l’avoir trop dit car c’est bien connu, je parle beaucoup.

Je suis une p(l)eureuse. Vos compliments me gonflent d’orgueil, d’amour, de joie. Avec vous, avec moi, j’apprends à aimer, m’aimer, résister. J’apprends à vivre. Vos regards et mon existence qui vibre.

J’ai encore envie de pleurer. J’ai déjà vu ce que ça faisait de perdre quelqu’un, brutalement, sans autre forme de procès. Les adieux, ça ne devrait être que pour les gens qui ne nous méritent pas (iels sont assez nombreux-ses comme ça !). Pour les autres, du coton, des oreillers moelleux, des douceurs, du sucré et des ponts. C’est bien, les ponts.

J’ai peur, donc. Peur des éloignements géographiques, des mots qui s’amenuisent, de l’éphémère, de cette hypersensibilité qui exploite mes glandes lacrymales. Je vous voudrais là, devant moi, les passés, les présents, les futurs, les instantané-es et je voudrais vous aimer intensément, brutalement, vous garder là, égoïstement.

Il y en aura toujours pour m’insulter, me juger. Iels essaieront toujours de m’annihiler, de me faire taire. Seulement, il y aura vous, les surnoms, les rires, les costumes et les larmes, aussi. Il y aura vous, moi qui monte sur mes grands chevaux et vous pour suivre ou mettre le holà. Y’en aura pour me dire que je peux le faire, pour me frôler les épaules ou s’élancer dans mes bras. Il y aura toujours des mots tendres, de la bienveillance autour de moi. On récolte ce que l’on sème, dirait l’autre.

Il y en aura toujours pour commenter mes boucles d’oreilles, mon rouge à lèvres ou une nouvelle robe, pour me toucher la nuque et pour me regarder d’un air entendu. Il y aura vous. Voilà pourquoi j’ai tant peur de vous perdre. Vous êtes si nombreux-ses dans l’extraordinaire et la bonté.

Je m’efforce au présent mais c’est si court, vingt-quatre petites heures. Vous visitez mes rêves, je vous cherche, parfois. Vous croiser par hasard ou organiser nos rencontres. Vous sourire ou laisser couler mes larmes.

A la bière, au bon vin ou à la piquette de supermarché, je trinque. Dans l’adversité ou la joie pure, je vous vois. Je suis une broutille heureuse. Vous êtes mes chimères, mes ami-es, mon sang, ma soif de vivre. Je vous dois tout car chaque jour, vous me nourrissez. Mes nourritures terrestres.

J’ai subi

Cet article est né de ma lecture du Tumblr Je connais un violeur – J’ai des dizaines de fois voulu écrire un mail et chaque fois, j’ai pleuré et je me suis cherché des excuses : je l’avais bien voulu, c’était pas des mauvais bougres. J’ai réalisé que j’avais le droit de regretter et que j’aurais eu le droit de dire non plus souvent. ​J’ai réalisé que je n’avais pas assez dissocié mes relations consenties et celles subies – Parce qu’il y en a eu, a des degrés différents, certes mais il y en a eu.

Cet article comporte donc les Trigger warnings suivant​​: viol, description sexuelle explicite, injonction sexiste. ​​Je préviens d’avance que je ne tolèrerai AUCUN relativisme face à mon expérience. Elle m’appartient et il est plus que temps d’éliminer le cliché du violeur inconnu dans une ruelle sombre et remettre au goût du jour le concept de consentement.​ Oui, je me livre sans anonymat. Certain-es y verront de l’exhibitionnisme quand moi j’y vois du militantisme. ​

Suchetet 1903_Auguste Suchetet
Le Rapt, Auguste Suchetet, marbre, 1903.

J’ai connu des violeurs en puissance. J’ai connu les doigts qui insistent quand on dit non. Ils insistent tellement qu’on se demande si on n’en a pas envie, finalement, à force d’à peine se rebiffer. L’insistance viole notre consentement. On l’oublie, on ne sait plus si on a le droit de dire non puisqu’on avait tellement envie la minute d’avant. On peut pas reculer, voyons, ce serait lâche, injuste, malhonnête.

Consentement, pour quoi faire, hein, à les entendre pleurnicher quand ​vous êtes enfin dans une relation épanouie et que vous jugez saine.​ Ça ne leur plaît pas beaucoup, aux autres, de ne plus avoir l’emprise d’antan. Ils essaient, pourtant, le poison verbal et la culpabilisation. Les sous-entendus dégueulasses​​. Avoir pris l’habitude d’y rire pour ne jamais passer pour ​une ​fille coincée. D’une je m’en veux​ d’utiliser ce terme. C’est juste le courage d’affirmer un refus. De deux, j’aurais peut-être dû me forcer à donner l’impression de me respecter un peu plus, à avoir de faux principes du genre « non pas le premier soir » si j’avais su la débandade de manque d’attention et le mépris, souvent. D’un autre côté, c’est quoi « me respecter un peu plus » ? Ça veut dire quoi ? Ça ne veut rien dire parce qu’on ne jauge pas la respectabilité d’une personne à sa sexualité.

Je me suis offerte à outrance et parfois, j’ai aimé cela. Parfois, c’était délicieux de ne pas être jugée et d’être un objet de désir qui pouvait la seconde d’après redevenir la jeune fille/jeune femme bavarde et tentant l’humour. Être appréciée pour cela. Être appréciée dans ma totalité et pas dans le fantasme d’une fille à leurs pieds.

Ce​ type, à une soirée de lycéens, plus vieux (mais qu’est-ce qu’il foutait là ?!) qui me propose d’aller dans sa voiture (elle a le chauffage, la salle dans laquelle on est non, naïve je suis), qui essaie de glisser ses doigts, je dis non, je ne cède​ pas et le lendemain, mes oreilles sifflent, j’ai couché avec le bougre paraît-il – ça confirme bien que je suis une salope. Une réputation fondée sur un mensonge quand j’avais eu tout le temps de la développer pour avoir eu le malheur de coucher avec la personne que j’aimais à l’époque. Pas dans les règles de l’art, certes mais est-ce que ça aurait vraiment changé les choses ? Lui, je le voulais de tout mon corps.

L’image de cet autre type qui a fui mon studio parce que la vue du sang provenant de mon sexe le dégoûtait. A aucun moment il n’a daigné demander si j’avais mal, si j’allais bien de me vider d’un sang intrus, malvenu. Il ne s’est jamais excusé. Je ne l’ai jamais revu. Fuir et me laisser éponger ma féminité. Je n’étais bonne qu’à être vulgairement consommée.

Ce garçon qui a couché avec moi, qui dit adorer cela et qui pourtant m’a laissée faire chambre à part pour ne surtout pas mélanger le sexe et la tendresse. Et moi, de pleurnicher dans ce lit, seule, à accepter mon sort d’objet sexuel. Lui est passé à strictement autre chose et me parle comme si ce n’était jamais arrivé et moi je fais bonne figure et de temps en temps, je prends mon courage à deux mains et je le hâche verbalement en petit morceaux. On fait comme on peut.

Cet autre, quand j’étais plus jeune et encore vierge, avec qui j’entame des préliminaires, consentante je suis mais j’étais encore sûre d’une chose à l’époque: je tenais à ma virginité. Je n’ai pas ENVIE de tout faire, je résiste au point que la situation s’envenime et que je retrouve mon caractère bien trempé – celui qui reste de côté quand je m’abandonne dans les bras d’un homme. Je me relève, j’arrête tout. Il me bloque le chemin et me dit « tu verras ce qu’il arrive aux filles qui se refusent à moi » ; J’ai ricané en le bousculant je crois et je n’ai pas tout de suite pris la mesure exacte de la violence des propos. La menace m’a tout de suite sautée au yeux mais le sexisme, bien plus tard, au point que j’avais tourné cette histoire à la rigolade avec des amies et qu’à part cela, je n’en ai jamais reparlé. Evidemment, même des mois après, mes oreilles ont sifflé d’actes qui n’étaient même pas réels.

 

En fait, moi qui croyais avoir été épargnée par les agressions et le viol, j’ai des dizaines de petites histoires louches que j’avais classées du côté de mon inexpérience, de mes prises de risque et surtout parce que c’était ma faute. Pas exclusivement mais quand même. J’avais bien intégré que ma vie sexuelle, même en la voulant épanouie restait un élément du culpabilité. Y’a que les hommes qui doivent montrer qu’ils sont virils et raconter sur tous les toits qu’ils ont trempé le biscuit. Pour une femme, le biscuit, c’est niet. Excusez la métaphore.

Je m’étonne faussement de mon comportement passé et de mes craintes futures parce qu’encore la semaine dernière je suis tombée sur un article de « presse féminine » expliquant la NÉCESSITE d’être séduisante et de se forcer pour la fellation pour « lui faire plaisir ». Discours que j’ai par le passé encouragé, moi, femme. 200% problématique.

J’ai remarqué, donc, que ceux qui découvrent un peu tardivement que vous n’étiez pas un simple ensemble de trous​​ n’aiment pas beaucoup que vous ne soyez pas à entière disposition. Ça les contrarie vous voyez. Vous avez toujours fait comme ils voulaient et là, ce qui ressort, c’est votre rancune bien enfouie.

Être à disposition, c’est la règle​, voyons. Vous êtes une femme, vous devriez bien le savoir. ​Un peu de volonté!​

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Portrait of My Lover, Niki de Saint Phalle, 1961
Venir, mielleux et surtout sans gêne me dire à quelle point je suis une fille bien et que j’en ai dans le crâne, ils perdent pas le Nord hein ! Tellement dans le crâne qu’il faudrait surtout pas que je refuse quoi que ce soit.​ Tellement dans le crâne que je me suis laissée touchée, abusée, insultée pour être digne d’intérêt. Je me suis mise dans mon petit rôle attendu – J’ai échoué et j’en ai bavé. Bien-sûr, je me sens toujours en prise avec les contradictions de ce qu’on attend de moi et de ce à quoi j’aspire. Le pire c’est quand mon sexisme intériorisé déboule brusquement pour imposer à ma place des choix et des envies, au point de ne plus savoir vraiment ce qu’on aime, ce qu’on veut, ce qu’on choisit. J’ai aimé des violeurs parce qu’ils n’étaient pas méchants, c’était moi qui n’étais pas à la hauteur. Non, la gentillesse n’annule pas tout.

J’en ai adulés et réclamés certains parfois, croyant que ma valeur allait s’échelonner en fellation et en partenaires. J’ai subi.

L’histoire ne s’arrête pas là. J’ai grandi. Je grandis. Je chemine vers la révolte et la bienveillance. Oui, j’ai subi mais je ne peux plus laisser cela enfoui comme si tout était ma faute.

Un peu solennellement, je voudrais m’adresser aux personnes qui ont connu cela et parfois mille fois pire. Vous n’êtes pas que ça. Vous vous êtes peut-être construit-es à travers ces expériences douloureuses mais vous êtes plus fort-es que ces blaireaux et ces relations forcées. Vous êtes plus fort-es que l’ignorance de la société et le relativisme de vos entourages. Vous avez une place et le fait que des personnes vous aient volé votre sexualité, votre confiance en vous et en les autres ne changera pas cela.

Vous pouvez prendre toute la place que vous souhaitez. Vous existez et il est temps de ne pas s’excuser d’être au monde.

Aux violeurs en puissance, je veux dire ceci : un mea culpa ne suffira pas. C’est tout un système qu’il va falloir changer avec vos petits bras – tout une logique nauséabonde à sortir de vos cerveaux. Il va falloir apprendre et écouter. Ecouter vraiment. Un non pour un non et des oui qui peuvent être repris. Il va falloir que vous aussi, vous changiez le monde.